Regard d'experts

La RSE, vectrice d’innovations produit

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Un contexte réglementaire de plus en plus strict, une urgence environnementale mondiale, une demande grandissante du consom’acteur, un besoin de différenciation… Les entreprises ont un large lot de raisons de s’investir dans la RSE.

De multiples facteurs entrent en ligne de compte : de l’offre de services à la fin de vie des produits, en passant par la gestion de la chaîne d’approvisionnement, par le choix des matières premières, des réseaux de distribution ou encore de la segmentation des cibles… Les leviers sont multiples. Focus sur l’influence des actions RSE à l’échelle du produit.

Innover avec le développement de nouveaux produits, vecteurs d’une « alimentation positive »

49 %, c’est le nombre de consommateurs français affirmant ne pas faire confiance aux marques alimentaires1. L’assiette doit aujourd’hui répondre à des critères spécifiques. Le culte de la naturalité est devenu un nouveau paramètre que doivent désormais intégrer les industriels agro-alimentaires.  Innovation et créativité en sont les maîtres mots. Retour vers une alimentation durable, naturelle et compréhensible par le plus grand nombre. 

Mettre en place des procédés de transformation minimalistes et simplifier la liste d’ingrédients

Les enjeux de durabilité se retrouvent à travers les produits ultra-transformés. Ces derniers ont effectivement un impact sur la qualité de l’alimentation avec des conséquences lourdes sur la santé en termes d’obésité, de diabète… Mais comment y répondre ? Avec un minimum de transformation possible. Halte aux formulations industrielles complexes avec des substances non communément utilisées en cuisine.

Un levier d’action : simplifier la liste d’ingrédients, et donc la composition nutritionnelle des produits. La simplicité et le naturel doivent s’inviter désormais à table pour le plus grand respect du consommateur, et indirectement de notre planète.

De mutliples industriels agro-alimentaires ont déjà surfé sur ce créneau : c’est le cas d’Intermarché avec sa gamme « L’Essentiel » valorisant une liste courte d’ingrédients, sans additifs, « et c’est tout ». De même pour Innocent qui en fait son slogan : « Des fruits et rien d’autre ». Une démarche retrouvée chez Madrange, spécialiste de la charcuterie qui a développé un savoir-faire sans sels nitrites ajoutés. Le procédé de fabrication des jambons « Que l’essentiel » contient simplement des produits d’origine 100 % naturelle et des ferments.

Utiliser des ingrédients « alternatifs »

Autre paramètre important, et lié à la simplification de la composition nutritionnelle : supprimer les ingrédients artificiels et rechercher des alternatives naturelles. Les colorants peuvent ainsi être remplacés par des jus concentrés de fruits et légumes, les correcteurs d’acidité par du jus de citron, les arômes artificiels par des arômes naturels… Nous retrouvons également cette tendance sur le marché des boissons énergisantes utilisant majoritairement des ingrédients chimiques comme la taurine. Des alternatives naturelles à base de grenade, guarana, ginseng… sont désormais de la partie !

clean label
Intermarché, précurseur du clean label avec L’Essentiel

Développer des produits « sans »

Sans gluten, sans additifs, sans OGM, sans nanoparticulesLes produits « sans » font également peu à peu leur place sur les packagings des produits. Ils séduisent les consommateurs selon différents fondements liés au développement durable.

Sources de débat dans le monde de l’agroalimentaire, certains sujets ont un niveau de notoriété important comme le lactose, l’huile de palme, les OGM, etc. De nombreux doutes sont également liés au soja, aux pesticides, aux antibiotiques…. Auparavant dédié à une population spécifique de personnes allergiques, les produits « sans » se déploient car ils sont notamment de véritables vecteurs de valeurs. Perçus comme meilleurs pour la santé mais aussi pour l’environnement, ils engagent l’industriel.

Prenons l’exemple de l’huile de palme qui fait toujours débat. Responsable d’une déforestation massive et d’une perte de la biodiversité, l’huile de palme questionne. C’est pourquoi les entreprises agro-alimentaires développent des produits dotés d’une huile de palme durable certifiée RSPO2 ou ont tout simplement décidé de se priver de cet ingrédient.

C’est notamment le cas pour les OGM. Perçus très négativement, ils sont

associés à une menace pour l’environnement et pour la santé. Les entreprises agro-alimentaires doivent s’adapter une fois de plus en développant des produits spécifiques.

sans huile de palme
Fruit d’Or innove sur le terrain du « Sans »

Déployer des alternatives aux produits d’origine animale

Les produits d’origine animale génèrent des impacts environnementaux supérieurs aux produits d’origine végétale. En effet, paramètre aujourd’hui avéré : l’élevage des animaux ainsi que la production de leurs aliments contribuent grandement au réchauffement climatique. Produire 1 kg de viande de porc émet autant de CO2 que cultiver 80 kg de pommes de terre3. De nouveaux modes alimentaires tels que le flexitarisme ou le végétarisme attirent alors le consommateur et se démocratisent auprès du grand public. C’est pourquoi les entreprises agro-alimentaires, en réponse à ces nouvelles attentes, doivent innover et se tourner vers des aliments plus respectueux de la planète, à savoir d’origine végétale (hormis les insectes).

Bjorg, avec sa nouvelle gamme de produits à base d’algues, propose aux consommateurs des produits qui allient sens et nutrition. En plus de contenir des sels minéraux et des oligoéléments, les algues représentent effectivement des alternatives aux protéines animales.

Pour remédier aux besoins d’alternatives au lait d’origine animal, les jus végétaux se développent et représentent un marché porteur et pérenne. Une diversité de sources permet un large panel d’innovations produits :

alternatives végétales

Désormais, les substituts des produits laitiers (laits, yaourts, fromages) sont un créneau sur lesquels les entreprises agro-alimentaires peuvent se positionner et valoriser leurs pratiques durables :

substitut aux produits laitiers

S’engager et valoriser ses engagements

Local, Max Havelaar, Agriculture Biologique, HVE (Haute Valeur Environnementale), Rainforest Alliance… S’engager, c’est bien. Faire preuve de transparence, c’est encore mieux. Pour établir un lien de confiance et garantir la qualité de leurs produits, il faut désormais apporter des éléments de réassurance. Par quel moyen ? Le packaging. Côté nutrition infantile, Babybio s’engage par exemple sur la provenance de ses ingrédients et informe directement ses consommateurs on-pack. Par ailleurs, la présence de labels (et l’engagement associé !) sur les emballages rassure quant à l’implication des entreprises vis-à-vis du développement durable.

alimentation infantile biologique
Babybio et l’origine des ingrédients

Les innovations dites « durables » le sont-elles vraiment ?

De nombreuses polémiques vis-à-vis des pratiques dites durables émergent. Les entreprises se veulent vertueuses pour la planète mais il existe tout de même certaines incohérences. Eveil des esprits côté consommateurs : une remise en question du bien-fondé des actions émerge.

Des produits labellisés avec une forte empreinte carbone

C’est par exemple le cas du label agriculture biologique, qui est certes initialement vertueux pour l’environnement mais qui, si le produit est composé d’ingrédients d’origine étrangère, devient un produit avec une forte empreinte carbone s’il est importé par avion. C’est le cas des aliments exotiques qui ne peuvent être produits en France. Tout dépend évidemment de la disponibilité agricole. Ainsi, l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique montre que 24 % des produits bio en France ne sont pas issus de l’hexagone4. Des acteurs s’engagent alors via des chartes : c’est le cas de Biocoop, qui refuse tout approvisionnement par avion. Autre polémique actuelle en lien avec le bio : les salades cultivées sous serre. Innover durablement, c’est être cohérent !

L’emballage est également un point d’attention : des produits bio sont issus à 95 % d’une agriculture « naturelle »5, ce qui n’est pas nécessairement le cas pour leur emballage. Les industriels engagés se doivent donc de travailler sur leurs packagings. Miser sur le vrac ou la consigne représente également une option.

Ainsi, des produits commercialisés peuvent être d’apparence durable dans les rayons, toutefois leurs voies d’approvisionnement et de distribution peuvent ne pas s’inscrire dans la même démarche écologique. Et la plupart des consommateurs ont aujourd’hui conscience de ces « aberrations ».

Des alternatives végétales pas si durables que ça

De nombreux questionnements ont accompagné l’émergence des alternatives végétales. Notamment sur la qualité nutritionnelle. Prenons l’exemple de la biodisponibilité des molécules : comme le précise le CIV6 : « sur la base des critères classiques (équilibre et biodisponibilité des acides aminés indispensables), la qualité nutritionnelle des protéines végétales est en effet généralement considérée comme étant inférieure à celle des protéines animales ».

D’autre part, de nombreuses polémiques émergent en lien avec les cultures des alternatives végétales. C’est le cas par exemple de la culture d’amande qui s’est décuplée en réponse aux besoins croissants de cet oléagineux devenu tendance. Or, la plupart des amandes sont importées de Californie qui fournit plus de 80 % de la production mondiale7. Seulement un problème de taille menace cet Etat : le manque d’eau. Pour irriguer les amandiers, les exploitations doivent chaque année forer plus profondément. Conséquence : l’épuisement des nappes phréatiques. De même pour l’avocat :  une déforestation rapide et massive a lieu au Mexique pour les cultures d’avocatiers. Ces dernières ne sont pas sans conséquences sur la santé des habitants qui souffrent de maladies respiratoires en raison des produits agrochimiques utilisés dans les plantations8.

C’est un fait : les entreprises agroalimentaires doivent aujourd’hui s’engager, jusqu’à aller au-delà des pratiques communes rencontrées aujourd’hui en RSE. Des actions « basiques » restent toutefois primordiales et doivent pouvoir être menées avec brio avant d’entreprendre d’autres projets plus innovants. Nutrikéo accompagne d’ailleurs de nombreux acteurs sur des initiatives RSE.

Cet article a été rédigé par Ophélie, Consultante Chef de projet du pôle Food.

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  1. Vitagora, 2017 – 2. Round Table for Sustainable Palm Oil – 3. WWF – 4. Le Figaro, 2015 – 5. Novethic – 6. Centre d’information sur les impacts sociétaux de l’élevage et des viandes – 7. France 5, 2017 – 8. HuffPost, 2016