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La transition alimentaire, ou comment repenser l’offre alimentaire pour l’adapter au monde dans lequel on vit

Publié le 18 mai 2021

Regards d'expert

Transition alimentaire : une notion de plus en plus répandue. Mais qu’est-ce que ça veut dire au fond ? Chacun y va de sa propre définition en fonction de sa vision du monde et du marché de l’alimentation. Chez Nutrikéo, nous tenions à vous partager notre propre définition, celle que l’on s’est forgée grâce à notre quotidien d’agence de conseil en stratégies nutrition. La voici :

« La transition alimentaire est l’évolution de notre modèle alimentaire vers plus de respects de la santé humaine, de notre planète et du bien-être des animaux. Elle regroupe toutes les actions que mettent en place les acteurs de la filière alimentaire pour y parvenir : producteurs, transformateurs, distributeurs, restaurateurs, consommateurs ».

Un monde à la croisée de 5 enjeux majeurs

A notre avis, la transition alimentaire concentre les 5 grandes composantes suivantes : l’impact environnemental, le bien-être animal, l’impact sociétal, la personnalisation, et la santé.

Notre vision de la transition alimentaire

Vous êtes en phase ? Oui ? Non ? Ne se prononce pas ? Plongez avec nous dans cet univers passionnant qui est au cœur de nombreux enjeux actuels. On en reparle ensuite !

Vers une alimentation plus respectueuse de l’environnement

Le point de départ : une agriculture plus durable

Le premier maillon de la chaîne, celui dont on entend énormément parler, c’est la production. La transition alimentaire démarre dans les champs. Agriculture raisonnée, permaculture, biodynamie, agroécologie, agriculture régénératrice… Chacune a ses spécificités mais l’objectif est le même : inventer (ou redécouvrir) des modes de production plus respectueux de la terre, de la biodiversité et des écosystèmes. L’agriculture biologique est évidemment l’un des principaux axes envisagés. En 2020, le marché Bio a recruté 15 % de consommateurs en plus (Agence Bio). Une tendance très forte qui est l’une des réponses aux problématiques liées à la transition alimentaire. Cependant, le Bio n’est plus envisagé comme la seule solution, loin de là. Elle sera même bientôt considérée comme un prérequis, qu’il faut impérativement compléter par des engagements complémentaires.

Végétalisation quand tu nous tiens…

L’impact de notre système alimentaire sur l’environnement n’est plus à démontrer. L’alimentation émet en effet plus de 13 milliards de tonnes d’équivalent CO2 dans le monde par an, soient 26 % des émissions totales ! L’urgence climatique ne peut donc pas se passer de la maitrise des émissions dues à ce secteur. En regardant cela de plus près (figure 1), on voit que les plus gros émetteurs sont l’élevage et la pêche.

Les émissions de gaz à effet de serre provenant de la chaîne alimentaire – Source : Poore, J., & Nemecek, T. (2018). Reducing food’s environmental impact through producers and consumers. Science, 260(6392), 987-992

Gardons aussi en tête que l’élevage est aujourd’hui responsable d’une grande partie de la déforestation en Amazonie. On comprend ainsi rapidement l’intérêt de promouvoir les régimes qui vont vers une réduction de la consommation de produits animaux : flexitariens, végétariens, végans. Globalement, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) considère qu’un végétalien émet 2,5 fois moins de gaz à effets de serre par son alimentation qu’un omnivore.

C’est donc naturellement que la végétalisation de l’alimentation fait partie des gros enjeux de la transition alimentaire. On voit ainsi de plus en plus de produits végétaux de substitution aux produits d’origine animale apparaitre dans nos rayons, et ce dans toutes les catégories de produits. Tous les acteurs s’y mettent, que ce soient les grandes marques (inter)nationales, les petits acteurs entrant sur le marché comme Hari&co ou la MDD avec des marques dédiées : gamme Carrefour Veggie, Leclers Nat&Vie….




2020 : année de lancement dans la « transition végétale » pour Bordeau Chesnel, Savencia avec son Tartare 100 % végétal et Nestlé avec Sensational Vuna, le substitut de thon à base de protéines de pois.

Pour creuser ce vaste sujet, découvrez notre regard d’expert sur les opportunités réelles des alternatives à la viande.

Notons que dans cette course à la végétalisation, la nutraceutique n’est pas en reste ! De plus en plus de travaux sont menés par les laboratoires pour proposer des produits 100 % végétaux avec un sourcing adapté, que ce soit pour les actifs ou pour les excipients. Les fournisseurs d’ingrédients s’adaptent en proposant des alternatives végétales à des ingrédients d’origine animale ou synthétique. C’est par exemple le cas de GlucosaGreen : la première source végétale de glucosamine, traditionnellement issue de cartilage de poissons.

La lutte contre le gaspillage alimentaire est en marche

La végétalisation n’est pas le seul moyen de répondre à cette problématique de réduction de l’impact environnemental de notre alimentation. La lutte contre le gaspillage est aussi au cœur de la transition alimentaire. C’est dans ce cadre-là que l’on voit de nombreuses initiatives naitre pour augmenter le recyclage et optimiser la gestion des déchets à toutes les étapes de la chaine d’approvisionnement et de distribution.

La valorisation des invendus ou des produits non-consommés est également une piste largement explorée : fruits et légumes « moches » vendus moins chers, mise en place des doggy-bags dans la restauration… les initiatives sont nombreuses et la seule limite est la créativité ! Les applis type Too Good To Go ou Save Eat pour aider les consommateurs, et/ou les autres acteurs de la chaine alimentaire, à réduire le gaspillage, ont le vent en poupe. S’engager dans ce genre de démarche est une réelle carte à jouer pour les industriels.

Enfin, l’une des pistes majeures pour réduire le gaspillage alimentaire est l’Up-Cycling, ou économie circulaire. L’idée est simple : on utilise les co-produits d’une industrie pour les revaloriser dans des nouveaux produits alimentaires. C’est ce que fait très bien la marque Resurrection en fabriquant des crackers pour apéritif avec de la drêche issue de la fabrication de bière et le marc de pomme issu de celle du cidre. Inspirant !

L’emballage : moins il y en a, plus on en parle

Les solutions techniques pour réduire les emballages ne sont pas encore assez développées ou accessibles pour faire une vraie différence à grande échelle. Cependant ça avance. Le consommateur étant ultra sensibilisé à cette problématique (courant grandissant du « zéro déchet »), il attend que le marché s’adapte, et vite. Cela explique notamment l’essor du vrac et de la vente au poids. Quand on sait que les produits en vrac sont en moyenne 10 à 20 % moins chers que les équivalents pré-emballés on y croit ! Même si le marché est niche aujourd’hui : 500 millions € en France, soit seulement 0,5 % du marché de l’alimentation. Notons tout de même que la France est le leader mondial du vrac (d’après reseauvrac.org). L’épisode Covid 19 a tout de même mis un coup de frein à cette tendance en favorisant l’achat pré-emballé pour des raisons sanitaires.

A noter : il est possible d’imaginer des astuces pour optimiser son impact lorsqu’on ne peut pas se passer d’emballages ou de transport. Il est pertinent de mettre en place des systèmes de compensation des émissions qui sont liées. Concrètement on participe à des actions positives pour l’environnement en contrepartie. C’est ce que fait Hello Fresh qui se revendique être LA première box à empreinte carbone neutre.

Plus près de toi conso… Plus près de toi !

La transition alimentaire passe par un rapprochement net entre ce que pousse la fourche et ce que pousse la fourchette. Cela veut donc dire avoir recours à des produits de saison, des sourcings locaux, des circuits d’approvisionnement courts, etc.

A la pointe de ce raccourcissement, on voit fleurir des initiatives d’urban farming qui consistent à cultiver des comestibles au cœur des villes. Des start-ups spécialisées voient le jour régulièrement : Topager, Agricool, Ciel mon radis… Voire du self-farming qui consiste à cultiver directement dans la cuisine du consommateur final : Lilo, Prêt à pousser, la box à endives…

Bien-être animal : une vraie prise de conscience ?

Encore une thématique bien actuelle qui intéresse le néo-consommateur. Mais arrêter la consommation de viande n’est pas la seule solution, les Français ne sont pas prêts à devenir tous végétariens et encore moins végans. En revanche, on assiste à une montée en flèche du flexitarisme. Aujourd’hui, 1/3 des foyers français déclarent limiter leur consommation de viande contre ¼ en 2015 (Kantar Worlpanel pour Charal, 2018). Et être flexitarien induit de s’intéresser de près aux conditions dans lesquelles les bêtes ont été élevées avant d’acheter. Tous les acteurs de la chaine doivent s’adapter. Cela passe par la montée en puissance des labels qui assurent un respect de la bête (Label rouge, CRC…). L’étiquetage est particulièrement important. C’est dans ce cadre-là qu’est né le nouveau système d’étiquetage dédié au bien-être animal, porté par des organisations de protection animale (CIWF, LFDA, OABA et WELLFARM), associées avec des acteurs de la distribution (Agromousquetaires, Casino, Carrefour, Lidl, Magasins U) et des transformateurs (Fermiers de Loué, Fermiers du Sud-Ouest, Fleurt-Michon, Galliance et Herta).

Système d’étiquetage dédié au bien-être animal

L’idéal serait de trouver un moyen de produire et consommer de la chair animale sans dérives possibles sur des conditions d’élevage et sans abattage. Vous en rêviez ? La foodtech l’a fait… Nous sommes en train d’assister à la naissance de la viande in vitro : la culture en laboratoire de chair animale à partir de cellules souches. Nous ne sommes plus dans la science-fiction. En décembre 2020, Singapour a été le premier pays au monde à autoriser la vente de nuggets conçus in vitro. Est-ce qu’on touche là à un délire de quelques savants fous ou à l’une des solutions pour répondre à la transition alimentaire ? L’avenir nous le dira. Mais il reste un certain nombre de barrières à lever, à commencer par l’acceptabilité des consommateurs, la réglementation ou encore les problématiques de coûts. A noter aussi que la concurrence avec les substituts végétaux, qui font d’énormes progrès techniques, va être rude.

Impact sociétal de l’alimentation : ne négligeons pas l’information et la transparence

Manger devient un acte militant. Créer des produits alimentaires aussi ! Tout un tas d’engagements sont possibles et pertinents en termes de justice sociale : juste rémunération des producteurs, consommation locale, respect de la culture et du patrimoine alimentaire… Le sujet de la répartition de la valeur sur la chaine alimentaire est l’un des sujets sur le devant de la scène de la transition alimentaire. C’était d’ailleurs l’un des principaux chantiers des Etats Généraux de l’Alimentation. De plus en plus de marques communiquent sur ces aspects de manière transparente. On est entré dans une ère du marketing de l’engagement. Il suffit d’allumer la TV sur une page de pub pour s’en rendre compte : les anciens slogans du type « Moins cher », « Toujours plus »… ont été remplacés par ceux du type « Nous diminuons la quantité de plastique », « Plus d’huile de palme », « Uniquement avec des ingrédients bons pour la santé », « On participe à la reforestation »… Bref, la transition alimentaire est clairement engagée et est portée aux oreilles des consommateurs.

Parlons justement des consommateurs… 79 % des Français estiment qu’il y a des risques que les produits alimentaires qu’ils consomment nuisent à leur santé (Food 360, TNS Sofres, 2019). Tous les chiffres le montrent, nous sommes entrés dans l’ère de la défiance alimentaire. Ça fait peur… Et mal quand on travaille dans le secteur et qu’on a à cœur de bien faire son boulot ! Mais c’est une réalité. On ne peut pas l’ignorer ni vraiment lutter contre le « foodbashing » qui fait du bruit très vite grâce aux médias et aux réseaux sociaux.

👉 Découvrez la tendance FoodBashing de notre Carnet des tendances 👇.

En revanche, on peut tout faire pour (re)donner confiance aux consommateurs. Cela passe par une transparence accrue des informations communiquées. On ne peut que vous inciter à communiquer sur :

  • la provenance des matières premières,
  • la qualité nutritionnelle de vos produits : Nutri-Score
  • le niveau de transformation des aliments : Siga
  • leur impact environnemental : Eco score

Vous avez peur de perdre le consommateur parmi tous ces labels ? Optez pour l’option La Note Globale qui agrège tous ces aspects sous un seul score.

Pour aller plus loin, la blockchain est un excellent moyen offert par les nouvelles technologies pour proposer de l’information fiable car infalsifiable pour retracer l’ensemble du parcours d’un produit, de la fourche à la fourchette. La notion de maitrise complète de la filière est primordiale.

Enfin, dans une logique de confiance et de rapprochement avec le consommateur, on voit de plus en plus d’initiatives de co-création qui les impliquent directement. Le grand gagnant de cela est la marque C’est Qui le Patron, mais beaucoup d’autres le font (La Popote Compagnie, D’aucy pour sa marque de conversion au bio…). La start-up Scan Up permet de rentrer facilement dans cette démarche.

La personnalisation : donnez-moi exactement ce dont j’ai besoin

La personnalisation, ou individualisation de l’alimentation, est aussi une des grandes tendances traitées dans notre carnet des tendances 2020-2022. Elle arrive en réponse à des consommateurs qui recherchent des produits parfaitement adaptés à leurs contraintes et leurs profils personnels. Rien de plus logique dans notre monde où l’individu prend le dessus sur le groupe. Les nouvelles technologies facilitent cette quête à plusieurs niveaux.

  • Les applis Smartphone d’aide aux choix alimentaires (Yuka, Kwalito, Scan Eat, Y’a Quoi dedans…) prennent le tournant de l’individualisation en adaptant le score indiqué au profil pré-renseigné de l’utilisateur, à l’instar d’Innit.
  • Des solutions techniques type objets connectés permettent de voir de nouveaux services autour de l’alimentation émerger. On voit apparaitre des couverts connectés pour un suivi individualisé des prises alimentaires, des scanners qui détectent la présence d’allergènes dans une assiette…
  • Les systèmes d’impression 3D ont un vrai potentiel dans cette tendance de la personnalisation de l’alimentation, notamment pour permettre d’adapter la composition nutritionnelle d’un aliment aux contraintes individuelles.
  • La nutrigénomique, ou adaptation de l’alimentation à l’ADN de chacun, est aussi l’un des axes de développement permis par l’essor des nouvelles technologies.

On ne peut pas aborder ces notions sans mentionner le partage à outrance des repas sur les réseaux sociaux, notamment par les plus jeunes générations. La transition alimentaire ne doit-elle pas aussi passer par là ? Il s’agit de placer la beauté de l’assiette au même niveau que ce qu’elle apporte nutritionnellement. Cela contribue à la vision positive de l’alimentation, nécessaire pour réussir le pari de la transition alimentaire.

La santé, ou transition nutritionnelle

Pour nous, la « transition nutritionnelle » est un sous-segment de la fameuse transition alimentaire. Il s’agit de toutes les actions et directions prises par les acteurs de la chaine alimentaire pour améliorer l’impact de l’alimentation sur la santé des Hommes. 8 grandes notions décomposent cette notion :

  • Le clean label
  • La naturalité technique
  • La guerre aux sucres
  • Le snacking sain
  • La transition nutraceutique
  • Le microbiote
  • Les régimes spéciaux
  • Sans oublier… le plaisir déculpabilisé.

Pour en savoir plus sur la transition nutritionnelle, vous pourrez bientôt consulter un article dédié.

Vous souhaitez creuser ce vaste sujet de la transition alimentaire avec des experts ? Confronter votre propre vision à la nôtre ? Contactez-nous ! Notre équipe de consultants sera ravie d’échanger avec vous et de vous guider dans votre propre démarche, quel que soit le niveau auquel vous en êtes. A bientôt !

A propos de l'auteur

Juliette

Directrice du pôle food, elle voit venir les tendances de grande consommation avant tout le monde 😉.
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